Ignaz Joseph PLEYEL dit Ignace Joseph PLEYEL

Si François-Joseph Fétis commence l’article sur Pleyel dans sa Biographie Universelle des Musiciens par « compositeur célèbre », il est triste de voir qu’aujourd’hui, les programmes de concerts ne contiennent que très rarement des œuvres d’Ignace Pleyel.
De nos jours, les mélomanes connaissent son nom pour ses pianos, rares sont ceux qui le connaissent pour sa musique !

Ignace Joseph Pleyel est né le 18 Juin 1757 dans la campagne de Vienne, à Ruppersthal. Son père, Martin Pleyel, était instituteur et Fétis nous rapporte que la mère de Pleyel, femme de bonne famille déshéritée lors de son mariage avec le père de Pleyel qui n’était qu’instituteur, perdit la vie en donnant naissance à Ignace (alors écrit Ignaz). Vingt-quatrième enfant de cette union, Ignace eût encore quatorze demi-frères et demi-sœurs lorsque son père se remaria.
Il reçût une éducation complète et apprit la musique au départ auprès de son père, qui était également organiste et sacristain. Son attrait et son talent précoce pour la musique poussèrent son père à l’envoyer étudier à Vienne avec un pianiste et compositeur renommé de l’époque : Jean-Baptiste Vanhal. Il sera son élève jusqu’à l’âge de quinze ans, auquel le Comte Erdödy (dont la fille Marie Erdödy sera une proche de Beethoven) le prit sous sa protection et finança son apprentissage auprès du grand Joseph Haydn chez qui il fut hébergé cinq ans de 1772 à 1777. Une anecdote rapportée par Fétis raconte qu’en 1776, Glück qui venait de faire représenter son Alceste à Paris, rendit visite à Haydn qui lui fit entendre sa dernière composition, son quatuor en fa mineur. Une fois que Glück en eût fait l’éloge, Haydn proposa que son « élève favori » Pleyel comme il l’appelait, fit entendre une de ses compositions à Glück. Ce dernier, après avoir attentivement écouté, dit malicieusement au jeune Pleyel : « Mon jeune ami, maintenant que vous avez appris à mettre des notes sur le papier, il ne vous reste plus qu’à apprendre à en effacer ».
C’est ainsi que Pleyel sortit d’apprentissage avec Haydn en 1777 pour se rendre auprès de son protecteur le Comte Erdödy qui le nomma alors maître de chapelle. Un an plus tard, et ce à la demande de Pleyel, le Comte lui finança un voyage en Italie, où Pleyel se lia d’amitié avec tous les artistes napolitains ou plus généralement italiens de l’époque. C’est notamment lors de ce voyage qu’il composa son opéra Ifigenia qui y reçût un très vif succès.
Après un bref retour en Allemagne et un second voyage italien, Pleyel fut nommé en 1783 Second Maître de Chapelle à Strasbourg et c’est ainsi qu’il s’établira en France avant de franciser son nom d’Ignaz en Ignace. Suite au décès de son supérieur en 1789, Pleyel fût nommé Premier Maître de Chapelle à Strasbourg, jouit d’une réputation internationale solide et continua à écrire de la musique religieuse qui fut malheureusement entièrement détruite dans un incendie.
C’est à ce moment-là que la Révolution Française finira par avoir raison de l’activité de compositeur d’Ignace Pleyel : en tant que Premier Maître de Chapelle, il était alors considéré comme un « aristocrate » proche de la religion catholique et dût prouver sa bonne foi en écrivant en sept jours et sept nuits la musique d’un drame musical sur fond d’idées révolutionnaires.
C’est à la suite de cet épisode marquant qu’il s’installa en région parisienne avec sa femme et ses enfants, et qu’il se lança dans l’édition de ses partitions, jugeant que sa grande renommée avait jusque-là rapporté assez à ses éditeurs ! C’est en 1809 qu’il complétera son activité avec l’ouverture de sa fabrique de piano.
Il mourut après s’être retiré dans une propriété à la campagne où il s’adonnait à ses goûts pour les activités agricoles le 14 novembre 1831.

Quant à sa production, on dénombre à l’heure actuelle 45 symphonies, plus de 70 quatuors à cordes, 16 quintettes à cordes, de nombreux trios et duos à cordes, des concertos pour violon, violoncelle, piano, ainsi que de la musique vocale dont deux opéras.
Après avoir eu la renommée la plus internationale de son siècle, Ignace Pleyel tomba dans l’oubli. Comme le rapporte Fétis : « Pendant plus de vingt ans, il n’est pas d’amateur ou de musicien qui ne se soit délecté des inspirations de son génie ; point de lieu si écarté où ses compositions n’aient été connues ; point de marchand de musique dont il n’ait fait la fortune. Reproduite sous toutes les formes par les spéculations du commerce, sa musique occupait les loisirs de l’élève le plus inexpérimenté comme de l’artiste le plus habile. Mais il n’y a rien dont l’usage immodéré n’enfante le dégoût : Pleyel en fit la triste expérience. Les ingrats qui lui étaient redevables de tant de plaisirs se fatiguèrent d’encenser toujours la même idole, et l’hommage exclusif qu’ils lui avaient rendu finit par faire place au délaissement le plus absolu. »

Si la musique d’Ignace Pleyel est aujourd’hui presque aussi oubliée que lors de la rédaction par Fétis de sa Biographie Universelle des Musiciens, il n’en reste pas moins qu’elle est le digne souvenir d’une finesse du discours classique, des codes de la rhétorique de l’époque, et qu’elle n’a pas perdu une miette de sa fraîcheur dès les premières secondes d’écoute.

 

Son Duo pour violoncelle solo et accompagnement d’alto obligé mêle finesse d’esprit dans la composition répondant aux codes très classiques, et espièglerie révolutionnaire en mettant en exergue le violoncelle jusqu’alors dédié à la basse, alors que l’instrument aigu, ici l’alto, est ainsi lui tout désigné pour découvrir les joies de l’accompagnement !