François-Joseph Fétis

Né à Mons en 1784, d’un père organiste et qui vendait peut-être un peu de musique, François-Joseph Fétis commence très jeune à composer.

En 1800, il est admis au Conservatoire de Paris où il obtient rapidement le premier prix d’harmonie et sera l’élève de Boieldieu en composition. Déjà intéressé par l’histoire de la musique, il met un point d’honneur à rassembler toutes sortes de documents quant à la vie des compositeurs et autres programmes de concerts, qui lui serviront plus tard à la rédaction de sa Biographie Universelle des Musiciens.

En 1807, il s’inscrit au concours du Prix de Rome en temps qu’élève de Beethoven (ce qui est un mystère… aucune preuve qu’il ait étudié avec lui n’étant parvenue jusqu’à nous), et obtient le second prix. S’en suit une véritable carrière de compositeur : s’intéressant beaucoup à la musique lyrique selon la mouvance de l’époque, il publie quelques opéras comiques.

Après avoir vécu à Namur et Douai, il revient en 1818 à Paris où il est nommé en 1821 professeur de composition au Conservatoire, puis en 1826, bibliothécaire de la célèbre institution.

En 1827, il crée la Revue Musicale, première publication en son genre, et en rédige la majorité des numéros lui-même. Les archives complètes de cette revue se trouvent à l’heure actuelle à la médiathèque Berlioz du Conservatoire Supérieur de Musique et de Danse de Paris. Par ailleurs, il lance les « concerts historiques » :

Le 8 avril 1832, le compositeur, collectionneur et musicographe François-Joseph Fétis donne dans la salle du Conservatoire de Paris son premier « concert historique », « séance d’un genre absolument neuf, explique-t-il dans sa Revue musicale, et dont il n’y a jamais eu d’exemple en Europe ». « Accompagnés par des violes, basses de viole, clavecin, orgue, guitares et harpes », vante le programme, des chanteurs aussi glorieux que le ténor Giovanni Battista Rubini ou les sopranos Wilhelmine Schröder-Devrient et Laure Cinti-Damoreau retracent l’histoire de l’opéra, des Euridice de Jacopo Peri (1600) et de Giulio Caccini (1602) au Zoroastre de Jean-Philippe Rameau (1749), en passant par un fragment de L’Orfeo de Monteverdi (1607), une scène de Xerse de Pier Francesco Cavalli (1654), le monologue d’Armide (1686) et un chœur de Persée (1682) de Jean-Baptiste Lully, un air de Basilius de Reinhard Keiser (1694), un prétendu Darius d’Alessandro Scarlatti, un duo sérieux de Berenice de Haendel (1737) et un duo bouffe de La serva padrona. Fétis n’a pas déterré là quelque « curiosité musicale » mais les « vénérables monuments d’un art au berceau ». De son propre aveu, il n’a « point hésité à offrir aux amateurs de musique les premiers essais de l’Opéra dans leur naïveté primitive ». Ivan A. ALEXANDRE, Encyclopædia Universalis [en ligne] https://www.universalis.fr/encyclopedie/opera-le-renouveau-de-l-opera-baroque/

En 1833, François-Joseph Fétis est nommé directeur du Conservatoire Royal de Bruxelles créé un an plus tôt, ainsi que maître de chapelle du roi Léopold Ier, postes qu’il occupera jusqu’à sa mort. Durant cette époque, il sera notamment le professeur du compositeur et organiste Charles-Marie Widor qui viendra en Belgique spécialement pour être son élève à l’orgue.

Tout au long de sa carrière, Fétis mit également un point d’honneur à écrire des livres musicaux les plus exhaustifs possibles mêmes si nous y trouvons aujourd’hui nombre d’approximations voire d’erreurs, comme avec sa Biographie Universelle des Musiciens (8 vol., 1re éd., Bruxelles, 1837-1844 ; 2e éd. rev. et compl., Paris, 1860-1865 ; disponible sur IMSLP ou Gallica), ouvrage de référence, mais également des livres rendant la musique accessible à tous afin d’attirer le grand public à la musique classique, comme avec La Musique mise à la portée de tout le Monde, traduit dans de nombreuses langues. François-Joseph Fétis est donc un personnage important de l’histoire de la musique en France et en Belgique, mais également en Europe et dans le monde en général, car, comme le dit Universalis dans son article consacré à Fétis, il est regrettable que :

la mort ait empêché l’achèvement de son « Histoire générale de la musique » ; les parties complètement rédigées montrent une remarquable tentative d’élargir la vision de l’histoire musicale, d’y intégrer les musiques non occidentales et l’ethnographie.
Philippe BEAUSSANT, Encyclopædia Universalis [en ligne] http://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-joseph-fetis/

Au cours de sa vie, il créa toute une bibliothèque musicale que le Royaume de Belgique acquit à sa mort en 1871.

Son fils, Edouard, suivra les pas de son père et deviendra historien de la musique et musicologue, écrira pour la Revue Musicale Belge et publiera plusieurs livres dont un intitulé Les Musiciens Belges (1849-1854). Il sera par ailleurs chef de la première section (celle des imprimés) de la Bibliothèque Royale de Belgique et supervisera à ce titre la rédaction du catalogue des documents rachetés après la mort de son père par le Royaume de Belgique.

Si Fétis est musicologue, il ne faut pour autant pas en oublier sa production de compositeur, loin d’être insignifiante comme certains voudraient le laisser entendre.

Outre un requiem à quatre voix solos, chœur et orgue obligé composé pour le service funéraire de la reine des belges Marie-Louise d’Orléans, un cantique pour les obsèques du roi Léopold Ier, des opéras comiques (La Vieille, Le Mannequin de Bergame, Les Sœurs Jumelles etc.), on connaît de lui trois quatuors à cordes visiblement jamais enregistrés, des pièces pour orgue, deux symphonies dont la première est enregistrée par la RTBF dirigée par Brian Priestman, un concerto pour flûte remarquablement gravé par Gaby Pas-van-Riet et le Radio-Sinfonieorchester Stuttgart dirigé par Fabrice Bollon, trois quintettes dont le premier est enregistré pour le label Musique en Wallonie, tout comme le premier de ses trois quintettes à cordes par le Quatuor de Bruxelles et Louis Logie. Enfin, voici sa Fantaisie Symphonique pour orgue et orchestre écrite en 1866, dans un enregistrement de grande qualité de l’organiste Anne Froidebise accompagnée par l’Orchestre Symphonique de la RTBF et Brian Priestman.