Günter Raphael

partition Raphael signature


Günter Raphael est un compositeur allemand né en 1903 à Berlin. La musique tient une place importante dans sa famille depuis plusieurs générations : sa grand-mère paternelle tenait un salon musical et littéraire et comptait au nombre de ses invités et participants le célèbre virtuose Joseph Joachim alors que son grand-père maternel était Albert Becker, chef de chœur renommé qui compta au nombre de ses élèves le compositeur Jean Sibelius ou encore l’empereur Guillaume Ier lui-même. Son père, maître de chapelle de la Mathäikirche de Berlin, et sa mère, violoniste, lui donnent ses premières leçons de piano, violon, alto ainsi que l’orgue. Il a de plus accès à l’extraordinaire bibliothèque de sa famille.

Depuis son entrée à la Musik-Hochschule de Berlin qui lui offre d’emblée la bourse de la fondation Robert Schumann en 1922 jusqu’à la création de sa première symphonie par l’orchestre du Gewandthaus de Leipzig sous la direction de Wilhelm Fürtwängler en 1926, les débuts du jeune Raphael sont fulgurants. Il obtient à 23 ans la chair de professeur de composition au Conservatoire de Leipzig et son premier contrat avec l’éditeur Breitkopf et Härtel. L’arrivée au pouvoir des Nazis en 1933 porte un coup d’arrêt brutal à sa carrière. En effet, son père, bien que converti au protestantisme, est d’origine juive, les autorités taxeront donc Günter de « demi-juif ». Dès 1934, il perd son poste à Leipzig et ses œuvres sont radiées des programmes de concert. La même année, il contracte une forme sévère de tuberculose. Il parviendra à survivre à ces années noires par une succession de chances et de hasards incroyables ainsi que grâce à l’aide d’amis médecins qui le cachent et l’opèrent en dépits de la menace des SS.

Après la guerre et la lente rémission de sa maladie, il aura les plus grandes peines à réintégrer le monde musical dont il a été banni trop longtemps, et ce malgré la dénazification de l’après-guerre. Il remporte le prix de composition Franz Liszt en 1948, comme son grand-père 70 ans avant lui, et retrouve l’année suivante une chaire au conservatoire de Duisburg. Il est nommé en 1957 professeur à la Musik-Hochschule de Cologne, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1960.

Pour les germanophones : SCHINKÖTH, Thomas. Musik – das Ende aller Illusionen? : Günter Raphael im NS-Staat. Hamburg : von Bockel, 1996.

Plus d’infos en allemand et en anglais sur Günter Raphael sur www.guenter-raphael.de

Le duo pour alto et violoncelle fait partie d’un large corpus d’œuvres de musique de chambre que le compositeur écrit pendant l’ère nazie, période durant laquelle il vit caché et ne peut donner aucune de ses œuvres en concert. Il se tourne donc vers des formations plus restreintes, de la sonate pour instrument seul (violon, alto, violoncelle ou même flûte) ainsi que des duos à cordes de toutes sortes, ou encore des combinaison plus originales comme le duo violon-clarinette ou le trio flûte-violon-alto.

 

Ce qui frappe à l’écoute de cette pièce, la Fantaisie (deuxième mouvement de la Sonate pour alto et violoncelle), c’est à la fois sa grande expressivité malgré un matériau instrumental limité, une polyphonie riche et originale ainsi qu’une grande liberté formelle, de la passacaille (danse ancienne à trois temps basée sur une basse obstinée accompagnant une succession de variations) à l’improvisation écrite en passant par de magnifiques passages chorals. On découvre à travers cet extrait comme à la lecture de ses écrits un compositeur et un homme qui malgré un destin d’une grande injustice garde un optimisme et une foi immodérée en l’humanité et en la musique.